Joe Schlossberg et la Amalgamated Clothing Workers of America

1915 - 1918

Joe Schlossberg (1875-1971) est né en Russie en 1875. En 1888, sa famille a joint le mouvement d’émigration massive des Juifs de la Russie vers l’Amérique du Nord, et en particulier vers New York où, comme plusieurs de ses compatriotes, Schlossberg a travaillé dans le domaine du vêtement. Il s’est engagé dans les syndicats au sein de cette industrie puis, en 1914, il a co-fondé avec Sydney Hillman (qui allait devenir l’un des conseillers les plus intimes du Président Franklin D. Roosevelt), le syndicat Amalgamated Clothing Workers of America [Les travailleurs de l’industrie du vêtement en Amérique], où il a occupé la fonction de secrétaire général de sa fondation jusqu’en 1940.

Vers le début de la Première Guerre mondiale, Schlossberg a initié, grâce à son propre syndicat, la prise de pouvoir de l’industrie de la confection à Montréal (shmata), qui était alors sous le contrôle du syndicat plus conservateur nommé United Garnment Workers [Les travailleurs unis de la confection]. Dans le cadre de cette opération, il a reçu une aide importante des leaders socialistes juifs de Montréal qui dirigeaient les syndicats, dont H. M. Caiserman. Après quelques luttes avec les usines locales représentées par la Clothing Manufacturers Association of Montreal (CMAM), une association opposée aux syndicats que dirigeait alors le leader de l’uptown Lyon Cohen, l’Amalgamated a syndiqué l’entreprise Semi-Ready Ltd, qui fabriquait les uniformes de l’armée canadienne. A. F. Wood, le président de la compagnie Semi-Ready, accusait alors Schlossbert d’être un agent allemand ayant pour mission de détruire la fabrication de vêtements locale et ainsi, d’empêcher les soldats canadiens de recevoir leurs uniformes et leur équipement. Schlossberg a alors affirmé qu’« en Allemagne, il aurait été reconnu comme un m____t Juif ; aussi, il est étrange qu’il soit venu au Canada pour se faire qualifier d’Allemand ». Cohen, avisé à la fois du besoin de maintenir un minimum d’unité dans la communauté juive et de l’identité de Schlossberg – celui-ci était un russe et non un allemand –, a affirmé : « Nous, les fabricants, sommes en désaccord dans certaines affaires avec vous, leaders syndicaux et grévistes, mais nous vous appuyons dans votre protestation contre la diffamation ».

Malgré ces modestes ouvertures dans la controverse entourant Schlossberg, les disputes syndicales avec Cohen et les autres membres de la CMAM se sont agravées, jusqu’à ce que l’industrie en entier cesse de fonctionner en février 1917. Les fabricants de la confection se sont alors engagés à freiner la propagation de l’Amalgamated à travers la ville ; en retour, les organisateurs syndicaux se sont engagés à demander un traitement équitable à l’endroit de tous les employés. Par la suite, les tensions ont continué de croître, au point de donner lieu à des manifestations de violence dans les lignes de piquetage et à l’explosion d’une bombe dans la maison de l’un des briseurs de grève. Dans l’histoire de Montréal, cet épisode fut la dispute la plus intense dans le milieu des syndicats jusqu’aux années 1930. La grève qui avait lieu dans l’ensemble de cette industrie s’est terminée en mai 1917, avec quelques avantages remportés par les grévistes. Au cours des années suivantes, de profonds désaccords se sont produits dans l’industrie du shmata à Montréal, et Schlossberg a continué d’affronter Cohen et ses alliés dans le domaine des manufactures.

Par Richard Kreitner, traduit par Chantal Ringuet.

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