Léa Roback – ILGWU

1937 - 1937

Léa Roback, une activiste sociale et une dirigeante syndicale, est née à Montréal en 1903. Issue d’une famille juive pratiquante composée de neuf enfants, elle fut éduquée à Beauport, une banlieue de Québec ; à l’âge de 15 ans, elle retourna à Montréal, où elle exerça pendant quelque temps les métiers de teinturière et de caissière. Elle quitta le Québec pour poursuivre des études de littérature à l’Université de Grenoble, en France, puis elle voyagea à New York, à Berlin (ville où elle s’engagea pour la première fois dans la politique de gauche) et en URSS, avant de revenir s’installer à Montréal en 1935. L’année de son retour fut prometteuse: elle dirigea le Modern Bookshop, la première librairie marxiste de Montréal ; elle travailla pour le candidat communiste Fred Rose durant sa première campagne aux élections fédérales ; et elle s’impliqua dans le mouvement des suffragettes que Thérèse Casgrain mit sur pied afin d’obtenir le droit de vote pour les femmes du Québec.

L’année suivante, Roback s’engagea résolument au sein du mouvement syndical. L’industrie de la confection de Montréal, la deuxième plus grande en Amérique du Nord après celle de New York, offrait les pires conditions de travail sur le continent.

Roback devint l’une des dirigeantes syndicales les plus efficaces de cette période. Forte de ses habiletés linguistiques (elle parlait couramment l’anglais, le français et le yiddish), elle excellait à tisser des ponts entre les différents syndicats, malgré les divisions linguistiques, idéologiques et ethniques qui les séparaient. À cette période, il était pourtant ardu de réunir les travailleurs juifs et canadiens-français: d’une part, les Juifs parlaient très peu le français ; d’autre part, un certain climat d’antisémitisme était répandu dans la population francophone. La plus grande réussite de Roback survint en 1937, durant la grève dans l’industrie de la confection qui mena à la création de la section 262 de l’International Ladies Garment Workers Union. À partir de 1941, Roback organisa le syndicat RCA Victor à Saint-Henri, ce qui permit à 4000 travailleurs d’obtenir leur premier contrat.

À la fin des années 1950, Roback quitta le Parti communiste (entre autres parce que le parti établi à Toronto s’intéressait de moins en moins au Québec et à la langue française), mais elle poursuivit son travail de militante pendant plusieurs décennies. Par la suite, Roback s’impliqua dans diverses causes, telles le droit à l’avortement, l’anti-racisme, l’apartheid en Afrique du Sud, les manifestations contre la guerre du Vietnam, l’accès au logement, l’éducation et l’équité salariale. Roback mourut en 2000, âgée de 96 ans, ce qui mit un terme à l’une des carrières d’activiste les plus intenses et engagées de l’histoire syndicale.

Parmi les nombreux hommages que Roback a reçus, signalons le film A Vision in the Darkness/Des lumières dans la grande noirceur (1991), qui s’intéresse à sa vie, et la désignation d’une rue Léa Roback dans le quartier Saint-Henri. En 2000, elle fut nommée Chevalier de l’Ordre du Québec. De nos jours, la Fondation Léa Roback de Montréal octroie des bourses à des femmes du Québec qui proviennent de milieux socio-économiques défavorisés et qui sont engagées dans l’activisme social.

Par Sarah Woolf, traduit par Chantal Ringuet.

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