Naches (1973-1986) fut le premier groupe juif gai de Montréal, fondé en 1973, son nom, en yiddish, fait référence à la fierté ou la joie. Sa stratégie d’engagement communautaire comportait plusieurs stratégies d’engagement de la communauté juive gaie de Montréal dont l’organisation d’activités sociales, spirituelles et même politiques. Naches s’est établie en tant qu’espace où les membres étaient à l’aise de partager leurs expériences de vie à l’intersection de leur judéité et de leur orientation sexuelle en recevant le soutien d’autres personnes qui étaient confrontées aux mêmes réalités qu’eux. D’ailleurs, sa fondation eut lieu peu de temps après la décriminalisation des relations homosexuelles en 1969 alors que la communauté LGBTQ+ demeurait la cible de sérieuses discriminations au Québec et au Canada.
Les membres organisaient des assemblées, des danses, des services de shabbat mensuels et des soirées à La Ronde. Naches pris aussi l’initiative de convier les familles des membres à un brunch et d’inviter des rabbins reconstructionnistes à discuter, on comptait parmi eux, le rabbin Ron Aigen de la congrégation Dorshei Emet.
Mark David Gerson, membre de longue date de Naches et de son comité d’organisation, se souvient que « c’était un groupe très ouvert, agréable en plus d’être une institution permettant de rencontrer des gens, quelle que soit votre origine. » Naches a également milité en écrivant aux députés de l’Assemblée nationale du Québec et de la Chambre des communes du Canada. Naches a aussi envoyé une délégation à la cinquième conférence internationale des Juifs gais et lesbiennes en 1980.
Naches a également collaboré avec d’autres organisations LGBTQ+ tels que Dignité, un groupe LGBTQ+ catholique du Canada, Gay Friends of Concordia et Gay McGill. Naches diffusait également de l’information au sujet d’événements tels que pour la semaine de la fierté dans son bulletin qui s’appelait le Naches Notes, plus tard renommé the newsletter.
Leur bulletin ne contenait pas seulement une liste d’événements, il publiait également des nouvelles et des ressources pour les membres. Il réimprimait des articles ou des extraits d’essais liés à l’expérience gaie ou juive. Ce bulletin fournissait également des mises à jour politiques, par exemple, il relaya l’acceptation historique de Jean Chrétien, alors ministre de la Justice du Canada, d’inclure l’orientation sexuelle en tant que minorité légalement protégée au pays. Naches avait également une bibliothèque consacrée à la littérature gaie. L’organisme se plaisait à décrire sa bibliothèque comme étant utile dans le cas de « la rédaction d’un travail de session » ou encore lorsque « vous êtes dans un bar et que vous craignez de n’avoir rien à faire à 3 heures du matin. »
En 1977, le groupe comptait une cinquantaine de membres, au printemps de cette même année Naches présenta alors une demande de location d’une salle de réunion au YM-YWHA (le Y). Le groupe s’attendait à une réponse favorable vu que le directeur exécutif du Y avait offert au groupe, son aide. Les lettres du président Harvey Blackman au Y indiquent que la direction du Y a pourtant ignoré de nombreuses demandes. Naches a tenté de résoudre le problème par le biais d’instances de la communauté en faisant appel au Congrès juif canadien, pour qu’il agisse en tant qu’intermédiaire. Selon Naches le Congrès « sympathisait, mais ne disposait d’aucun moyen d’agir en leur faveur. » Le Congrès juif canadien a rejeté la demande d’audience de Naches devant le comité des relations communautaires. Naches choisi alors de présenter l’affaire ailleurs : en 1979, il porta plainte devant la Commission des droits de la personne du Québec. L’affaire est enfin conclue en octobre 1982 lorsque le Y accepte de louer une chambre à Naches, après qu’un avocat de la commission a déclaré que le Y avait commis un acte de discrimination en excluant Naches en raison de l’orientation sexuelle de ses membres. Ce que Naches a surnommé les Y Wars ont réifié, à l’époque, la tension interne au sein de la communauté juive de Montréal concernant les droits LGBTQ+. Selon Gerson, « la communauté juive avait [beaucoup] d’antipathie à notre égard », il reconnaît cependant que « nous [Naches] n’allons nulle part. »
Bien que la répartition des genres dans le groupe ne soit pas claire, le bulletin mentionnait souvent des noms de femmes comme hôtes d’événements et lorsque le nom du bulletin changea en 1981, la description de Naches dans le sous-titre a également été renouvelée. Au lieu de se définir comme étant le groupe juif gai de Montréal, il se présentait désormais en tant qu’organisation des juifs gais et lesbiennes de Montréal. En 1982, ils ont commencé à se réunir régulièrement à The Yellow Door, près de McGill. En 1986, Naches mis fin à ses activités alors que plusieurs de ses membres déménageaient à Toronto et ailleurs. Un nouveau groupe nommé Yakhdav honora alors son héritage en créant un nouveau lieu accueillant pour les Juifs gais à Montréal.
Compilé par Romy Shoam
Traduit par Xavier Lévesque