Avocat, sioniste, puis député de l’Assemblée législative du Québec sous la bannière de l’Union nationale, Louis Feiczerwicz (1888-1956) est né à Suceava en Roumanie en 1888 et met le pied au Canada en 1891. Il adopta le patronyme Fitch en 1912.
Il étudia à la High School of Quebec avant d’intégrer les rangs de la faculté de droit de l’Université McGill au sein de laquelle il connut du succès dans ses études. Reçu au barreau du Québec en 1911, année lors de laquelle il reçoit la médaille d’or Elizabeth Torrance. Il fut ensuite récipiendaire de la bourse de déplacement Sir William Macdonald pour aller étudier à l’Université de la Sorbonne à Paris en 1912. De retour à Montréal, il pratiqua le droit pour le cabinet d’avocats Jacobs, Hall, Couture et Fitch jusqu’en 1919.
Il débuta son implication socio-politique au sein du mouvement sioniste. D’abord localement, Fitch fut d’ailleurs nommé, en 1918, vice-président de l’Organisation sioniste du Canada et il participa à la fondation du Congrès juif canadien en étant son premier secrétaire. À l’international, il participa au onzième congrès sioniste à Vienne.
La presse juive de Montréal, le Kanader Adler annonce, au début de l’année 1925, que Louis Fitch sera fait conseil en loi du roi. Même si un rival du Montréal juif de Fitch, Peter Bercovitch fut assez surpris pour écrire directement à Hirsch Wolofsky, l’éditeur du journal, afin de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une erreur. Il écrivit également au premier ministre Louis-Alexandre Taschereau pour s’enquérir des raisons de cette nomination. La réponse du premier ministre fut que Fitch possédait les qualités à la hauteur d’être fait conseil en loi du roi.
Ce même Peter Bercovitch avait occupé le siège de la circonscription provinciale de Saint-Louis pour le Parti libéral du Québec depuis 1916. Samuel W. Jacobs, associé du cabinet d’avocats Louis Fitch’s, avait été le député de la circonscription fédérale du même quartier. Lorsque Jacobs meurt en 1938, Peter Bercovitch laisse son siège provincial vacant pour hériter du siège anciennement occupé par Jacobs. Lors de l’élection partielle déclenchée par la démission de Bercovitch, Louis Fitch est élu député de l’Union nationale dans Saint-Louis, un rarissime soutien de la communauté juive au parti nationaliste. Il s’engagea ainsi dans un comté de Montréal où Juifs, francophones et anglophones se côtoyaient.
Député à l’Assemblée législative du Québec, il mena une campagne anti-nazie lors de laquelle il réussit à exposer et pourfendre partiellement le nazisme québécois, ses organisations et son leader, Adrien Arcand. Un autre versant de son engagement politique fut sa loyauté à l’égard des intérêts et des droits des ouvriers juifs, il s’en fit un fervent défenseur alors qu’il bénéficiait de l’écoute du premier ministre Duplessis à Québec.
Il brigue à nouveau les suffrages dans Saint-Louis lors de l’élection provinciale générale de 1939. Il débuta sa campagne le 8 octobre 1939 au Talmud Torah Hall, alors que la Seconde Guerre mondiale rugit en Europe. D’aucuns le blâment, dans la presse francophone, de présenter un projet politique paradoxal. Selon ceux-ci, la guerre à l’hitlérisme et la politique duplessiste ne savaient être conjointes tel que Fitch l’entendait. Effectivement, certaines gens au Devoir voyaient en l’Union nationale une politique autoritaire et parfois antisémite. Le député sortant précisera qu’en aucun cas son engagement envers Maurice Duplessis ainsi que celui de combattre le nazisme ne s’excluent. Fitch persiste et signe que « pour nous [les Juifs], la guerre contre Hitler et l’hitlérisme est une bataille pour la vie ». Au solde de la soirée électorale du 25 octobre 1939, Fitch est finalement défait par le candidat libéral Maurice Hartt.
En plus de sa carrière politique Louis Fitch laissa également un legs historiographique de part ses parutions : Tercentenary History of Quebec paru en 1908 et The Disestablishment of the Anglican Church in Wales publié en 1909.
Compilé et traduit par Xavier Lévesque