Peter Bercovitch – Résidence

Avocat et homme politique, Peter Bercovitch (1879- 1942) fut l’un des leaders du Montréal juif de la première moitié du XXe siècle. Son père, Hyman Bercovitch, oeuvrait dans l’industrie de la confection de vêtement et était, comme sa mère, Birdie Goldberg, émigrant de la Russie tsariste. Bercovitch naît en 1879 à Montréal. Élevé dans les quartiers juifs populaires de l’époque, il fréquenta les écoles publiques montréalaises avant d’étudier le droit à l’Université McGill puis il recommença ses études juridiques en français, cette fois à l’Université Laval à Montréal, plus tard appelée l’Université de Montréal.

Reçu au Barreau de la province de Québec le 26 novembre 1901 et pratiqua en solitaire jusqu’en 1905 avant de s’associer avec d’autres avocats et de fonder le cabinet Bercovitch, Cohen & Spector. Maîtrisant l’anglais comme le français, Bercovitch jouissait d’une enviable notoriété relatives à ses aptitudes d’orateur. Il acquit également la réputation d’être un jeune de la basse qui s’était fait un nom au sein de la haute, entre autres par ses membrariats au sein des club Montefiore et Reform ainsi que du Club Laurier du Parti libéral du Canada. Il fut fait conseil en loi du roi en 1911.

Élu en 1916 sous la bannière du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Saint-Louis à Montréal, il fut réélu dans ce même comté à six reprises (1919, 1923, 1927, 1931, 1935 et 1936). Il était un politicien qui travaillait fort, mais souvent dans l’ombre. En campagne électorale, il n’était pas celui pour haranguer les foules, mais une fois qu’il siégeait parmi la législature, Peter Bercovitch assumait d’importantes responsabilités parlementaires en siégeant sur de nombreuses commissions.

Il travailla notamment, lors des années 1930, sur le projet de loi relatif aux écoles juives. Le bill Bercovitch proposait initialement que des écoles juives soient créées à Montréal si les administrateurs protestants et les Juifs ne savaient s’entendre sur les conditions de fréquentation des écoles protestantes. Après que Bercovitch ait donné plus de tonus à son projet de loi en y intégrant la création d’une section juive au Conseil de l’Instruction publique, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau assura que le projet du député Bercovitch allait établir les fondations pour un nouveau système d’écoles dans la province.

Plus tard, en mai 1936, le chef de l’opposition, Maurice Duplessis convoque le Comité des comptes publics qui ne s’était pas réuni depuis plus de deux ans bien qu’il s’agissait d’un comité permanent chargé autrefois d’examiner annuellement les finances publiques. Fougueux, tenace et précis dans ses remarques, Duplessis assène un coup dur à encaisser au gouvernement corrompu de Louis-Alexandre Taschereau. En fidèle libéral, Peter Bercovitch tenta une défense quasi solitaire devant le chef de l’Union nationale. Ce tir de politique et la tentative de parage de Bercovitch ont d’ailleurs été immortalisés à l’écran, la scène réalisée par Denys Arcand est en fait le premier épisode de la série Duplessis parue en 1978.

En 1938, Peter Bercovitch fait le saut en politique fédérale à l’occasion d’une élection partielle dans le circonscription fédérale de Cartier – analogue à sa circonscription provinciale de 22 années – laissée vacante par la mort du député Samuel Williams Jacobs. Élu par acclamation sous la bannière du Parti libéral du Canada, il est réélu en 1940 et meurt en fonction à l’âge de 63 ans, deux mois après avoir été admis à l’hôpital. L’élection partielle dans Cartier qui s’ensuivit de la mort de Bercovitch fit rentrer à la Chambre des Communes Fred Rose, le premier député communiste de l’histoire du Parlement du Canada.

Compilé et Traduit par Xavier Lévesque

Louis Fitch – Résidence

Avocat, sioniste, puis député de l’Assemblée législative du Québec sous la bannière de l’Union nationale, Louis Feiczerwicz (1888-1956) est né à Suceava en Roumanie en 1888 et met le pied au Canada en 1891. Il adopta le patronyme Fitch en 1912.

Il étudia à la High School of Quebec avant d’intégrer les rangs de la faculté de droit de l’Université McGill au sein de laquelle il connut du succès dans ses études. Reçu au barreau du Québec en 1911, année lors de laquelle il reçoit la médaille d’or Elizabeth Torrance. Il fut ensuite récipiendaire de la bourse de déplacement Sir William Macdonald pour aller étudier à l’Université de la Sorbonne à Paris en 1912. De retour à Montréal, il pratiqua le droit pour le cabinet d’avocats Jacobs, Hall, Couture et Fitch jusqu’en 1919.

Il débuta son implication socio-politique au sein du mouvement sioniste. D’abord localement, Fitch fut d’ailleurs nommé, en 1918, vice-président de l’Organisation sioniste du Canada et il participa à la fondation du Congrès juif canadien en étant son premier secrétaire. À l’international, il participa au onzième congrès sioniste à Vienne.

La presse juive de Montréal, le Kanader Adler annonce, au début de l’année 1925, que Louis Fitch sera fait conseil en loi du roi. Même si un rival du Montréal juif de Fitch, Peter Bercovitch fut assez surpris pour écrire directement à Hirsch Wolofsky, l’éditeur du journal, afin de s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une erreur. Il écrivit également au premier ministre Louis-Alexandre Taschereau pour s’enquérir des raisons de cette nomination. La réponse du premier ministre fut que Fitch possédait les qualités à la hauteur d’être fait conseil en loi du roi.

Ce même Peter Bercovitch avait occupé le siège de la circonscription provinciale de Saint-Louis pour le Parti libéral du Québec depuis 1916. Samuel W. Jacobs, associé du cabinet d’avocats Louis Fitch’s, avait été le député de la circonscription fédérale du même quartier. Lorsque Jacobs meurt en 1938, Peter Bercovitch laisse son siège provincial vacant pour hériter du siège anciennement occupé par Jacobs. Lors de l’élection partielle déclenchée par la démission de Bercovitch, Louis Fitch est élu député de l’Union nationale dans Saint-Louis, un rarissime soutien de la communauté juive au parti nationaliste. Il s’engagea ainsi dans un comté de Montréal où Juifs, francophones et anglophones se côtoyaient.

Député à l’Assemblée législative du Québec, il mena une campagne anti-nazie lors de laquelle il réussit à exposer et pourfendre partiellement le nazisme québécois, ses organisations et son leader, Adrien Arcand. Un autre versant de son engagement politique fut sa loyauté à l’égard des intérêts et des droits des ouvriers juifs, il s’en fit un fervent défenseur alors qu’il bénéficiait de l’écoute du premier ministre Duplessis à Québec.

Il brigue à nouveau les suffrages dans Saint-Louis lors de l’élection provinciale générale de 1939. Il débuta sa campagne le 8 octobre 1939 au Talmud Torah Hall, alors que la Seconde Guerre mondiale rugit en Europe. D’aucuns le blâment, dans la presse francophone, de présenter un projet politique paradoxal. Selon ceux-ci, la guerre à l’hitlérisme et la politique duplessiste ne savaient être conjointes tel que Fitch l’entendait. Effectivement, certaines gens au Devoir voyaient en l’Union nationale une politique autoritaire et parfois antisémite. Le député sortant précisera qu’en aucun cas son engagement envers Maurice Duplessis ainsi que celui de combattre le nazisme ne s’excluent. Fitch persiste et signe que « pour nous [les Juifs], la guerre contre Hitler et l’hitlérisme est une bataille pour la vie ». Au solde de la soirée électorale du 25 octobre 1939, Fitch est finalement défait par le candidat libéral Maurice Hartt.

En plus de sa carrière politique Louis Fitch laissa également un legs historiographique de part ses parutions : Tercentenary History of Quebec paru en 1908 et The Disestablishment of the Anglican Church in Wales publié en 1909.

Compilé et traduit par Xavier Lévesque

Martin Wolff – Résidence

Ingénieur, journaliste et un des premiers historiens de la communauté juive du Canada, Martin Wolff (1881-1948) est né le 16 décembre 1881 à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne. Fils d’un marchand de vin nommé Julius Wolff et de son épouse Sarah, juive anglaise d’origine sépharade, Martin grandit en Angleterre et a reçu sa formation d’ingénieur. Il interrompit brièvement ses études universitaires lorsqu’il se porte volontaire pour l’armée britannique en tant qu’ingénieur électricien en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers (1899-1902).

Quatre ans plus tard, Wolff immigre à Montréal avant de déménager à St-Casimir, toujours au Québec. Il y avait trouvé un emploi dans le domaine de l’arpentage et de la construction de chemins de fer. Il travaillait pour diverses compagnies de chemin de fer, dont la Canadian Northern Railway et la National Transcontinental Railway. Quand la guerre éclate en 1914, il est membre du corps d’entraînement des officiers à Québec. Il est ensuite attaché au ministère de la Milice et de la Défense et au ministère impérial des Munitions. Après la guerre, il est nommé ingénieur adjoint au département de l’économie de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada. Il a finalement rejoint le service d’ingénierie de la ville de Westmount. Sa fille, Annette, se souvient que « le génie civil impliquait l’accomplissement d’un travail jusqu’à la fin, puis de se mettre à chercher du boulot directement après — il n’y avait pas de sécurité d’emploi. Cette précarité l’a suivi sa vie durant. »

En 1909, Wolff épouse Irene Joseph, une descendante directe d’Aaron Hart, le couple s’établit ensuite à Montréal au début des années 1920. Wolff a été trésorier de la Synagogue Espagnole et Portugaise à partir des années 1920, et président du comité des archives du Congrès Juif Canadien de 1934 à 1948. En plus de ses nombreuses contributions à des périodiques, Wolff a écrit The Jews of Canada en 1925 pour l’American Jewish Committee, il s’agit d’une des premières études portant sur la communauté juive du Canada. On lui doit aussi une histoire de la compagnie du Canadien National (CN), à la demande de S.W. Jacobs.

Sa vie est bouleversée en 1940 alors qu’il perd sa femme Irene, atteinte d’un cancer, puis l’une de ses filles peu après. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Wolff a parrainé la libération d’Alfred Bader du camp I en hébergeant le jeune réfugié juif qui devint un célèbre chimiste par la suite. Bader se souvient que Wolff « est devenu la première figure paternelle de ma vie. » Wolff meurt le 8 mars 1948, alors qu’il est en vacances à la Barbade.

Compilé par Alison Dringenberg

Traduit par Xavier Lévesque

Yakhdav – Organisme des gais et lesbiens juifs de Montréal

Yakhdav (1992-2004), qui signifie « ensemble » en hébreu, était le nom d’un groupe créé dans les années 1990 pour offrir un espace communautaire aux juifs gais, lesbiennes et bisexuels de Montréal.

Même si l’acceptation à l’égard des communautés LGBTQ+ au Canada allait de bon train au Canada au travers des dernières décennies du vingtième siècle, ils étaient toujours confrontées à une intense discrimination. Par exemple, différents lieux gais de Montréal ont fait l’objet de descentes policières et d’arrestations, notamment dans les bars et les clubs, on se rappelle de la tristement célèbre descente du Sex Garage en 1990. D’autre part, le mariage et l’union civil étaient interdits entre personne de même sexe jusqu’en 2004 au Québec. La province est devenue la troisième au Canada à accorder ces droits.

Selon Harvey Cohen, président de Yakhdav, étant donné que les Juifs LGBTQ+ se trouvent à l’intersection d’une minorité religieuse et sexuelle, ils étaient sommés de « choisir » entre leur orientation sexuelle ou leur religion. Ce faux dilemme auquel iels furent confrontés les conduit à la formation de groupes qui leur permettaient d’explorer leur réelle identité en lieu sûr. Le premier regroupement gai juif de la ville s’appelait Naches. Fondé en 1973, Naches facilitait les événements et le soutien communautaire dans les espaces juifs et gais. À la suite de la migration de nombreux jeunes Juifs vers Toronto, Naches est dissous en 1986. Il est alors remplacé, en 1988, par Yakhdav – Organisme des gais et lesbiennes juifs de Montréal.

Le 30 juillet 1992, Yakhdav est officiellement constitué. Non seulement il s’agissait d’une institution qui facilitait les rencontres entre les juifs LBGTQ+ de Montréal, Yakhdav produit aussi un bulletin mensuel appelé Hazak. Le slogan de leur lettre d’information s’inspirait de la pratique utilisée pour conclure la lecture d’un livre de la Torah : « sois fort, sois fort, et renforçons-nous les uns les autres. » Ce bulletin offrait un espace pour la couverture des événements communautaires tels que les fêtes de Hanoukka ou des soirées de jeux de société aux café Passez-Go sur St. Laurent. Les pages d’Hazak servait d’espace pour discuter des environements de travail sûrs pour les LGBTQ+, affichant des listes d’offres d’emploi ainsi que les possibilités de réseautage à Montréal, comme les associations professionnelles lesbiennes ou bisexuelles. Le bulletin a également fait la promotion du Prix arc-en-ciel, un événement célébrant les talents des lesbiennes, des bisexuels et des gays du Québec en plus d’offrir des recommandations des films d’intérêt pour leurs lecteurs, comme Oy Gay et Tomboychik.

Yakhdav a également été politiquement actif. En effet, leur bulletin d’information indique qu’ils cherchaient à atteindre « le bien-être et le renforcement de nos communautés qui se chevauchent. » Pour ce faire, ils ont travaillé aux côtés du B’nai Brith afin de faire pression sur le gouvernement provincial pour renforcer les protections contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Ils ont également lutté contre les messages homophobes dans les espaces juifs, notamment dans les journaux communautaires. En partenariat avec le YM-YWHA (le Y), ils organisent des événements tels que « Mises à jour sur le SIDA », une table ronde à laquelle participèrent des médecins de l’hôpital Royal Victoria et de la faculté de médecine de l’Université McGill. À cette époque, le Y proposait de « sensibiliser la communauté juive à la réalité des modes de vie gais et lesbiens par le biais de discussions et de conversations… [en plus] d’offrir un espace pour se rassembler à l’occasion de conférences, pour discuter des programmes d’intérêt public [et pour célébrer les] fêtes… »

En 2001, le groupe se dissout officiellement et il cesse progressivement de se réunir et s’éteint en 2004. Depuis, la communauté juive LGBTQ+ de Montréal se réunit au sein de nouveaux groupes dont Gaava et JQueer.

Compilé par Hannah Grover

Traduit par Xavier Lévesque

Naches- Organisation des juifs gais et lesbiennes de Montréal

Naches (1973-1986) fut le premier groupe juif gai de Montréal, fondé en 1973, son nom, en yiddish, fait référence à la fierté ou la joie. Sa stratégie d’engagement communautaire comportait plusieurs stratégies d’engagement de la communauté juive gaie de Montréal dont l’organisation d’activités sociales, spirituelles et même politiques. Naches s’est établie en tant qu’espace où les membres étaient à l’aise de partager leurs expériences de vie à l’intersection de leur judéité et de leur orientation sexuelle en recevant le soutien d’autres personnes qui étaient confrontées aux mêmes réalités qu’eux. D’ailleurs, sa fondation eut lieu peu de temps après la décriminalisation des relations homosexuelles en 1969 alors que la communauté LGBTQ+ demeurait la cible de sérieuses discriminations au Québec et au Canada.

Les membres organisaient des assemblées, des danses, des services de shabbat mensuels et des soirées à La Ronde. Naches pris aussi l’initiative de convier les familles des membres à un brunch et d’inviter des rabbins reconstructionnistes à discuter, on comptait parmi eux, le rabbin Ron Aigen de la congrégation Dorshei Emet.

Mark David Gerson, membre de longue date de Naches et de son comité d’organisation, se souvient que « c’était un groupe très ouvert, agréable en plus d’être une institution permettant de rencontrer des gens, quelle que soit votre origine. » Naches a également milité en écrivant aux députés de l’Assemblée nationale du Québec et de la Chambre des communes du Canada. Naches a aussi envoyé une délégation à la cinquième conférence internationale des Juifs gais et lesbiennes en 1980.

Naches a également collaboré avec d’autres organisations LGBTQ+ tels que Dignité, un groupe LGBTQ+ catholique du Canada, Gay Friends of Concordia et Gay McGill. Naches diffusait également de l’information au sujet d’événements tels que pour la semaine de la fierté dans son bulletin qui s’appelait le Naches Notes, plus tard renommé the newsletter.

Leur bulletin ne contenait pas seulement une liste d’événements, il publiait également des nouvelles et des ressources pour les membres. Il réimprimait des articles ou des extraits d’essais liés à l’expérience gaie ou juive. Ce bulletin fournissait également des mises à jour politiques, par exemple, il relaya l’acceptation historique de Jean Chrétien, alors ministre de la Justice du Canada, d’inclure l’orientation sexuelle en tant que minorité légalement protégée au pays. Naches avait également une bibliothèque consacrée à la littérature gaie. L’organisme se plaisait à décrire sa bibliothèque comme étant utile dans le cas de « la rédaction d’un travail de session » ou encore lorsque « vous êtes dans un bar et que vous craignez de n’avoir rien à faire à 3 heures du matin. »

En 1977, le groupe comptait une cinquantaine de membres, au printemps de cette même année Naches présenta alors une demande de location d’une salle de réunion au YM-YWHA (le Y). Le groupe s’attendait à une réponse favorable vu que le directeur exécutif du Y avait offert au groupe, son aide. Les lettres du président Harvey Blackman au Y indiquent que la direction du Y a pourtant ignoré de nombreuses demandes. Naches a tenté de résoudre le problème par le biais d’instances de la communauté en faisant appel au Congrès juif canadien, pour qu’il agisse en tant qu’intermédiaire. Selon Naches le Congrès « sympathisait, mais ne disposait d’aucun moyen d’agir en leur faveur. » Le Congrès juif canadien a rejeté la demande d’audience de Naches devant le comité des relations communautaires. Naches choisi alors de présenter l’affaire ailleurs : en 1979, il porta plainte devant la Commission des droits de la personne du Québec. L’affaire est enfin conclue en octobre 1982 lorsque le Y accepte de louer une chambre à Naches, après qu’un avocat de la commission a déclaré que le Y avait commis un acte de discrimination en excluant Naches en raison de l’orientation sexuelle de ses membres. Ce que Naches a surnommé les Y Wars ont réifié, à l’époque, la tension interne au sein de la communauté juive de Montréal concernant les droits LGBTQ+. Selon Gerson, « la communauté juive avait [beaucoup] d’antipathie à notre égard », il reconnaît cependant que « nous [Naches] n’allons nulle part. »

Bien que la répartition des genres dans le groupe ne soit pas claire, le bulletin mentionnait souvent des noms de femmes comme hôtes d’événements et lorsque le nom du bulletin changea en 1981, la description de Naches dans le sous-titre a également été renouvelée. Au lieu de se définir comme étant le groupe juif gai de Montréal, il se présentait désormais en tant qu’organisation des juifs gais et lesbiennes de Montréal. En 1982, ils ont commencé à se réunir régulièrement à The Yellow Door, près de McGill. En 1986, Naches mis fin à ses activités alors que plusieurs de ses membres déménageaient à Toronto et ailleurs. Un nouveau groupe nommé Yakhdav honora alors son héritage en créant un nouveau lieu accueillant pour les Juifs gais à Montréal.

Compilé par Romy Shoam

Traduit par Xavier Lévesque

Alfred Bader – Résidence du Famille Wolff

Alfred Robert Bader (1924 – 2018) est arrivé au Canada en tant que prisonnier. Homme distingué à la trajectoire diversifiée, il fut chimiste, homme d’affaires en plus d’entretenir une philanthropie.

Né à Vienne, Alfred Bader est le fils d’Alfred, un juif tchèque de classe moyenne, et d’Elisabeth, une aristocrate hongroise. Son père est décédé peu après sa naissance et Bader a été élevé par sa tante Gisela dans sa famille élargie. Alors que les persécutions antisémites s’intensifient en Europe dans les années 1930, Gisela plaça le jeune Alfred, âgé de quatorze ans, dans un train Kindertransport à destination de l’Angleterre, où il fut hébergé dans une famille juive près de Brighton pendant les quatorze mois suivants.

Les Britanniques craignant de plus en plus une invasion nazie, des « étrangers ennemis » nés en Autriche et en Allemagne furent arrêtés et emprisonnés, Bader était du nombre. On soupçonnait que des espions nazis pouvaient se cacher parmi eux. L’internement en Angleterre ne dure pas longtemps. En juillet 1940, Bader et 272 autres réfugiés juifs sont amenés sur la petite île de l’Île-aux-Noix, au sud-ouest de Montréal, et placés dans le Camp I. Le commandant, le Major E.D.B. Kippen, dit à Bader qu’il était surpris qu’un jeune de seize ans ait été parachuté en Angleterre. Lorsque Bader a répondu qu’il était un réfugié juif, le major Kippen s’est moqué. « Ne faites pas semblant d’être juif », a-t-il dit. « Je n’aime pas les Juifs non plus ».

Malgré ce début difficile, la vie en internement devint progressivement plus agréable. Les internés y ont créé une école et Bader passait une grande partie de son temps à étudier. En juin 1941, les étudiants sont autorisés à passer les examens d’immatriculation de McGill. Bader est autorisé à se rendre à Montréal pour passer les examens, où il assiste également à une réception au Montefiore Club, un club social où les membres aisés et influents sont issus de la communauté juive. C’est là que Bader rencontre Martin Wolff, dont la mère l’avait accueilli en Angleterre.

Wolff, ingénieur et historien, parraine la libération de Bader de son internement et encourage le jeune homme à poursuivre ses études. Bader est accepté à l’Université Queen’s, où il obtient un baccalauréat en génie chimique, un autre en histoire et une maîtrise. en chimie. Pendant les saisons estivales, il séjourne au sein de la maison familiale des Wolff à Westmount, tout en travaillant pour la Murphy Paint Company à Montréal. Le propriétaire de l’entreprise, Harry Thorp, encourage Bader à aller à Harvard et lui apporte un soutien financier important. Une maîtrise et un doctorat en chimie à l’Université Harvard ont donc suivi. Moins d’un an après avoir quitté Harvard, M. Bader a cofondé l’Aldrich Chemical Company.

En repensant à son internement au camp I, Bader se souvient que c’était une grande période de sa vie ». « Bien sûr, nous avons été maltraités au début parce que les Canadiens n’avaient reçu aucune information à notre sujet, mais qu’est-ce que c’était comparé aux camps de concentration d’Europe ? Pas un seul homme n’est mort dans le camp et ceux qui voulaient une grande éducation l’ont reçue » a-t-il rajouté.Le site de fortifications militaires historiques de l’Île-aux-Noix situé sur la rivière Richelieu, au sud-ouest de Montréal, a déjà abrité le Camp I (plus tard, le Camp n° 41), un camp d’internement où étaient détenus des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Installé au sein d’un camp militaire britannique du XIXe siècle le Camp I faisait partie d’un réseau de camps mis en place en réponse à la demande du gouvernement britannique, qui souhaitait que le Canada accueille les « étrangers ennemis » et les prisonniers de guerre. Bon nombre de ces détenus étaient de jeunes Juifs allemands et autrichiens qui avaient fui les persécutions nazies, pour être ensuite arrêtés parce qu’on les soupçonnait d’être des espions nazis. Après une brève période d’internement en Angleterre, ils sont déportés au Canada. Ils sont emprisonnés aux côtés de prisonniers de guerre et, dans certains cas, d’irréductibles nazis.

Compilé par Alison Dringenberg

Traduction par Xavier Lévesque

Alfred Bader – Camp I

Alfred Robert Bader (1924 – 2018) est arrivé au Canada en tant que prisonnier. Homme distingué à la trajectoire diversifiée, il fut chimiste, homme d’affaires en plus d’entretenir une philanthropie.

Né à Vienne, Alfred Bader est le fils d’Alfred, un juif tchèque de classe moyenne, et d’Elisabeth, une aristocrate hongroise. Son père est décédé peu après sa naissance et Bader a été élevé par sa tante Gisela dans sa famille élargie. Alors que les persécutions antisémites s’intensifient en Europe dans les années 1930, Gisela plaça le jeune Alfred, âgé de quatorze ans, dans un train Kindertransport à destination de l’Angleterre, où il fut hébergé dans une famille juive près de Brighton pendant les quatorze mois suivants.

Les Britanniques craignant de plus en plus une invasion nazie, des « étrangers ennemis » nés en Autriche et en Allemagne furent arrêtés et emprisonnés, Bader était du nombre. On soupçonnait que des espions nazis pouvaient se cacher parmi eux. L’internement en Angleterre ne dure pas longtemps. En juillet 1940, Bader et 272 autres réfugiés juifs sont amenés sur la petite île de l’Île-aux-Noix, au sud-ouest de Montréal, et placés dans le Camp I. Le commandant, le Major E.D.B. Kippen, dit à Bader qu’il était surpris qu’un jeune de seize ans ait été parachuté en Angleterre. Lorsque Bader a répondu qu’il était un réfugié juif, le major Kippen s’est moqué. « Ne faites pas semblant d’être juif », a-t-il dit. « Je n’aime pas les Juifs non plus ».

Malgré ce début difficile, la vie en internement devint progressivement plus agréable. Les internés y ont créé une école et Bader passait une grande partie de son temps à étudier. En juin 1941, les étudiants sont autorisés à passer les examens d’immatriculation de McGill. Bader est autorisé à se rendre à Montréal pour passer les examens, où il assiste également à une réception au Montefiore Club, un club social où les membres aisés et influents sont issus de la communauté juive. C’est là que Bader rencontre Martin Wolff, dont la mère l’avait accueilli en Angleterre.

Wolff, ingénieur et historien, parraine la libération de Bader de son internement et encourage le jeune homme à poursuivre ses études. Bader est accepté à l’Université Queen’s, où il obtient un baccalauréat en génie chimique, un autre en histoire et une maîtrise. en chimie. Pendant les saisons estivales, il séjourne au sein de la maison familiale des Wolff à Westmount, tout en travaillant pour la Murphy Paint Company à Montréal. Le propriétaire de l’entreprise, Harry Thorp, encourage Bader à aller à Harvard et lui apporte un soutien financier important. Une maîtrise et un doctorat en chimie à l’Université Harvard ont donc suivi. Moins d’un an après avoir quitté Harvard, M. Bader a cofondé l’Aldrich Chemical Company.

En repensant à son internement au camp I, Bader se souvient que c’était une grande période de sa vie ». « Bien sûr, nous avons été maltraités au début parce que les Canadiens n’avaient reçu aucune information à notre sujet, mais qu’est-ce que c’était comparé aux camps de concentration d’Europe ? Pas un seul homme n’est mort dans le camp et ceux qui voulaient une grande éducation l’ont reçue » a-t-il rajouté.Le site de fortifications militaires historiques de l’Île-aux-Noix situé sur la rivière Richelieu, au sud-ouest de Montréal, a déjà abrité le Camp I (plus tard, le Camp n° 41), un camp d’internement où étaient détenus des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Installé au sein d’un camp militaire britannique du XIXe siècle le Camp I faisait partie d’un réseau de camps mis en place en réponse à la demande du gouvernement britannique, qui souhaitait que le Canada accueille les « étrangers ennemis » et les prisonniers de guerre. Bon nombre de ces détenus étaient de jeunes Juifs allemands et autrichiens qui avaient fui les persécutions nazies, pour être ensuite arrêtés parce qu’on les soupçonnait d’être des espions nazis. Après une brève période d’internement en Angleterre, ils sont déportés au Canada. Ils sont emprisonnés aux côtés de prisonniers de guerre et, dans certains cas, d’irréductibles nazis.

Compilé par Alison Dringenberg

Traduction par Xavier Lévesque

Camp I, Île-aux-Noix

Le Camp I de l’Île-aux-Noix ouvre ses portes le 15 juillet 1940 alors qu’arrivent 273 réfugiés juifs. Un ancien prisonnier se souvient que, aux yeux de nombreux gardes canadiens, «nous étions tous de dangereux nazis». Le commandant, le major E.D.B. Kippen, qui s’attendait à garder des prisonniers fascistes, fut déconcerté à la vue des internés, dont certains étaient visiblement Juifs orthodoxes. Selon son journal, les hommes arrivèrent au Camp sous une pluie battante dans un camp préparé à la hâte entre les murs de pierre du Fort Lennox. «Le désespoir était global», se souvient un autre ancien interné.

L’éducation était un moyen d’échapper à la monotonie de la vie quotidienne du camp. Les nombreux universitaires parmi les prisonniers ont mis sur pied une université populaire, où les détenus donnaient des conférences sur leurs sujets d’expertise. Finalement, une école officielle du camp a été créée. L’université Queen’s et d’autres universités canadiennes se sont impliquées dans l’entreprise et de nombreux détenus sont devenus leurs anciens élèves tel que le futur chimiste et homme d’affaires Alfred Bader. Autrement on s’adonnait à l’apprentissage de l’anglais, à des récitals de musique et à l’écriture. Les étudiants de la Yeshiva ont pu reprendre leurs études religieuses. Le rabbin Harry J. Stern de la synagogue du temple Emanu-El et le grand rabbin orthodoxe de Montréal, Zvi Hirsch Cohen, ont tous deux visité le camp à ses débuts. Malgré leur situation, les internés juifs ont même collecté des fonds pour aider les Juifs polonais.

Le Camp I a été officiellement classé comme camp de réfugiés le 24 juillet 1941. Il a fermé le 24 décembre 1943. Depuis la guerre, ces anciens internés font partie intégrante de la société canadienne. «Il n’y a pas un seul champ que vous regardez où vous ne trouvez pas un de nos garçons tout en haut. Rétrospectivement, je pense à la quantité incroyable d’avantages que le Canada a obtenus grâce à des personnes non désirées qui ont apporté tellement à la vie canadienne, de la littérature au textile en passant par l’éducation» rapporte un ancien enfermé du Camp I.

Compilé par Alison Dringenberg

Traduction par Xavier Lévesque

Martin Wolff – Residence

Martin Wolff (1881-1948) was an engineer, journalist, and an early community historian of Canada’s Jews. Born on December 16, 1881, in Frankfurt-am-Main, Germany, Wolff was the son of Julius, an observant Jewish wine merchant, and Sarah, an English Jew of Sephardic background. Wolff was raised and educated as an engineer in England, briefly interrupting his college education when he volunteered for the British army as an electrical engineer in South Africa during the Boer War (1899-1902).

Four years later, Wolff immigrated to Montreal and then St-Casimir, Québec, gaining employment in railway surveys and construction. He worked for various railways, including the Canadian Northern Railway and the National Transcontinental Railway. At the outbreak of war in 1914, he was a member of the Officers’ Training Corps in Quebec. He was then attached to the Department of Militia and Defence and to the Imperial Ministry of Munitions. After the war, Wolff was appointed assistant engineer in the Department of Economics of the Canadian National Railway. He eventually joined the engineering department of the City of Westmount. His daughter, Annette, recalled that “civil engineering meant doing a job to completion and then finding another – no steady security. This condition dogged his whole life.”

In 1909, Wolff married Irene Joseph, a direct descendent of Aaron Hart, and the two established themselves in Montreal in the early 1920s. Wolff served as treasurer of the Spanish and Portuguese Synagogue beginning in the 1920s, and as chairman of the Canadian Jewish Congress Archives Committee from 1934 until his death. In addition to numerous contributions to periodicals, Wolff authored The Jews of Canada in 1925 for the American Jewish Committee, one of the first histories of Canada’s Jewish community. He also wrote a history of the Canadian National Railways, at the request of S.W. Jacobs.

In 1940, Wolff’s life was terribly shaken when he lost his wife Irene to cancer and then one of his daughters shortly after. During the Second World War, Wolff sponsored Alfred Bader’s release from internment at Camp I, housing the young Jewish refugee who would go on to become a celebrated chemist. Bader recalls that Wolff “became the first father figure in my life.” Wolff died on March 8, 1948, while on vacation in Barbados.

Compiled by Alison Dringenberg

Yakhdav – Organisme des gais et lesbiens juifs de Montréal

Yakhdav, (1992-2004) meaning “together” in Hebrew, was a group created in the 1990s to provide a community space for Lesbian, Bisexual, and Gay Jews in Montreal.

Despite increasing acceptance, in the ’70s, ’80s, and ’90s Canada’s LGBTQ+ communities still faced intense discrimination. Montreal’s gay community spaces were subjected to raids and arrests made by the Quebec provincial police at bars and clubs, including the notorious Sex Garage Raid of 1990. They were also denied civil unions or marriage until March 2004, when Quebec became the third province to grant those rights.

As members of both a sexual and religious minority group, LGBTQ+ Jews were often made to feel they had to “choose” to be either gay or Jewish, according to Yakhdav president Harvey Cohen. This led to the formation of groups that allowed them to explore both identities in a safe environment. The first of these Montreal-based organizations was Naches. Founded in 1973, they were the city’s first Jewish-specific gay group, facilitating events and community support in both Jewish and gay spaces. Naches dissolved in 1986, following the migration of many young Jews to Toronto. They were replaced by another group called Yakhdav – Organisme des gais et lesbiens juifs de Montréal, in 1988.

Yakhdav was officially incorporated on July 30th, 1992. Alongside creating a space that facilitated gatherings at member’s homes, they produced a monthly newsletter called Hazak. The newsletter’s tagline mirror’s Yakhdav’s name with a slogan derived from the practice used when concluding reading a book of the Torah: “be strong, be strong, & let us strengthen each other.” Hazak provided space for community events such as Hanukkah parties and board game nights at Passez-Go on St. Laurent. It discussed creating LGBTQ+ positive workspaces, even showing job listings, as well as opportunities for networking in the city, such as lesbian or bisexual professional associations. They also promoted the Prix arc-en-ciel, an event celebrating the talents of lesbians, bisexuals, and gays in Quebec. They recommended films of interest to their readers, such as Oy Gay and Tomboychik.

Yakhdav likewise engaged in political activism. Their newsletter indicates that they were a group “there for the well-being and strengthening of our overlapping communities”. An example of this is when they worked with B’nai Brith to lobby the provincial government to increase protections against discrimination along lines of sexual orientation. They also fought against the expression of homophobia in Jewish spaces, especially in community newspapers. Partnered with the YM-YWHA, they held events such as “Updates on AIDS,” a panel that included doctors from the Royal Victoria Hospital and McGill School of Medicine. During this time, the Y offered to also “assist in sensitizing the Jewish community about the reality of gay/lesbian lifestyles through talks and conversations… [as well as] offering group space on an occasional basis for talks, public interest programs [and] parties…”

The group officially dissolved in 2001 and gradually stopped gathering by 2004. Other groups including Gaava and JQueer have become a home for LGBTQ+ Jews in Montreal since.

Compiled by Hannah Grover

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