Alfred Robert Bader (1924 – 2018) est arrivé au Canada en tant que prisonnier. Homme distingué à la trajectoire diversifiée, il fut chimiste, homme d’affaires en plus d’entretenir une philanthropie.
Né à Vienne, Alfred Bader est le fils d’Alfred, un juif tchèque de classe moyenne, et d’Elisabeth, une aristocrate hongroise. Son père est décédé peu après sa naissance et Bader a été élevé par sa tante Gisela dans sa famille élargie. Alors que les persécutions antisémites s’intensifient en Europe dans les années 1930, Gisela plaça le jeune Alfred, âgé de quatorze ans, dans un train Kindertransport à destination de l’Angleterre, où il fut hébergé dans une famille juive près de Brighton pendant les quatorze mois suivants.
Les Britanniques craignant de plus en plus une invasion nazie, des « étrangers ennemis » nés en Autriche et en Allemagne furent arrêtés et emprisonnés, Bader était du nombre. On soupçonnait que des espions nazis pouvaient se cacher parmi eux. L’internement en Angleterre ne dure pas longtemps. En juillet 1940, Bader et 272 autres réfugiés juifs sont amenés sur la petite île de l’Île-aux-Noix, au sud-ouest de Montréal, et placés dans le Camp I. Le commandant, le Major E.D.B. Kippen, dit à Bader qu’il était surpris qu’un jeune de seize ans ait été parachuté en Angleterre. Lorsque Bader a répondu qu’il était un réfugié juif, le major Kippen s’est moqué. « Ne faites pas semblant d’être juif », a-t-il dit. « Je n’aime pas les Juifs non plus ».
Malgré ce début difficile, la vie en internement devint progressivement plus agréable. Les internés y ont créé une école et Bader passait une grande partie de son temps à étudier. En juin 1941, les étudiants sont autorisés à passer les examens d’immatriculation de McGill. Bader est autorisé à se rendre à Montréal pour passer les examens, où il assiste également à une réception au Montefiore Club, un club social où les membres aisés et influents sont issus de la communauté juive. C’est là que Bader rencontre Martin Wolff, dont la mère l’avait accueilli en Angleterre.
Wolff, ingénieur et historien, parraine la libération de Bader de son internement et encourage le jeune homme à poursuivre ses études. Bader est accepté à l’Université Queen’s, où il obtient un baccalauréat en génie chimique, un autre en histoire et une maîtrise. en chimie. Pendant les saisons estivales, il séjourne au sein de la maison familiale des Wolff à Westmount, tout en travaillant pour la Murphy Paint Company à Montréal. Le propriétaire de l’entreprise, Harry Thorp, encourage Bader à aller à Harvard et lui apporte un soutien financier important. Une maîtrise et un doctorat en chimie à l’Université Harvard ont donc suivi. Moins d’un an après avoir quitté Harvard, M. Bader a cofondé l’Aldrich Chemical Company.
En repensant à son internement au camp I, Bader se souvient que c’était une grande période de sa vie ». « Bien sûr, nous avons été maltraités au début parce que les Canadiens n’avaient reçu aucune information à notre sujet, mais qu’est-ce que c’était comparé aux camps de concentration d’Europe ? Pas un seul homme n’est mort dans le camp et ceux qui voulaient une grande éducation l’ont reçue » a-t-il rajouté.Le site de fortifications militaires historiques de l’Île-aux-Noix situé sur la rivière Richelieu, au sud-ouest de Montréal, a déjà abrité le Camp I (plus tard, le Camp n° 41), un camp d’internement où étaient détenus des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Installé au sein d’un camp militaire britannique du XIXe siècle le Camp I faisait partie d’un réseau de camps mis en place en réponse à la demande du gouvernement britannique, qui souhaitait que le Canada accueille les « étrangers ennemis » et les prisonniers de guerre. Bon nombre de ces détenus étaient de jeunes Juifs allemands et autrichiens qui avaient fui les persécutions nazies, pour être ensuite arrêtés parce qu’on les soupçonnait d’être des espions nazis. Après une brève période d’internement en Angleterre, ils sont déportés au Canada. Ils sont emprisonnés aux côtés de prisonniers de guerre et, dans certains cas, d’irréductibles nazis.
Compilé par Alison Dringenberg
Traduction par Xavier Lévesque