Joseph Schubert – Résidence

1929 - 1941

Joseph Schubert (1889-1952) était un organisateur syndical bien connu, un défenseur de la santé publique et un échevin du conseil municipal de Montréal qui a représenté les intérêts de la communauté juive immmigrante (les « downtowners ») durant les années 1920 et 1930, soit à la période où celle-ci s’est constituée. Originaire de la Roumanie, il a d’abord travaillé comme tailleur de pantalons lors de son arrivée à Montréal, avant d’occuper des postes très en vue au sein des syndicats, de la communauté juive et de l’administration civique.

En tant que défenseur des droits des travailleurs, Schubert a dénoncé l’exploitation des travailleurs dans les usines de
vêtements ; par la suite, il est devenu le secrétaire de la « Cloak Presser’s Union » [le syndicat des presseurs du vêtement masculin]. Les syndicats des métiers de l’aiguille étaient souvent des organisations juives, mises sur pied par des immigrants d’Europe de l’Est qui étaient arrivés en Amérique inspirés des idées socialistes du Bund [le syndicat général des travailleurs juifs d’Europe de l’Est] et influencés par le Workmen’s Circle (Arbeiter Ring), une organisation fondée aux États-Unis par des Juifs est-européens. Diverses controverses ont opposé les propriétaires juifs des usines de confection (les « uptowners ») aux immigrants juifs (les « downtowners »), dont la grève de 1912 contre la Clothing Manufacturers’ Association of Montreal [l’association des fabricants de vêtements de Montréal]. Un orateur passionné et un organisateur efficace, Schubert a participé à la négociation d’un compromis entre les deux parties afin de favoriser une semaine de travail de 49 heures au lieu de 55 heures.

Élu à l’Hôtel de ville de Montréal en 1924 pour représenter la circonscription électorale de Saint-Louis, composée d’une forte majorité juive, Schubert a plaidé pour les droits des travailleurs durant les quinze années où il a occupé cette fonction. L’un de ses succès fut d’instituer la journée de travail régulière de huit heures et un salaire minimum de 0, 50$ l’heure pour les employés municipaux. En 1925, au cours d’une grève, Schubert a contesté une rumeur d’après laquelle les grévistes étaient tous des Juifs. Son intervention s’opposait au climat d’antisémitisme qui visait à discréditer les efforts des travailleurs.

En tant que socialiste, Schubert a prôné l’augmentation des taxes afin d’améliorer les services sociaux, une attitude que très peu d’électeurs partageaient. De plus, il a combattu les rumeurs d’après lesquelles il avait des sympathies communistes. Ces accusations venaient du fait qu’il avait défendu des Juifs russes soupçonnés d’être des communistes et chassés de l’immigration au Canada, d’une part et, d’autre part, de sa position en tant qu’unique représentant du Labour Party au conseil municipal de Montréal. Malgré de telles accusations, Schubert a continué de recevoir l’appui des masses populaires, ce qui lui a permis de diriger l’opposition à la puissante administration libérale de 1924 à 1930 et de critiquer leur rapport avec la pègre.

À titre d’échevin, Schubert a abordé le problème de la propagation de maladies causées par le surpeuplement et les conditions de travail insalubres. Pendant la grande Dépression, il a été chargé d’écrire un rapport sur le chômage et la distribution de l’aide sociale partout en Amérique du Nord. Ses recommandations ont eu une grande influence, car les dépenses gouvernementales associées à la santé publique de Montréal étaient, toutes proportions gardées, les plus faibles de toute l’Amérique du Nord. Ce fait était une véritable source d’embarras, puisque la ville détenait le taux le plus élevé de mortalité infantile sur le continent et le nombre le plus élevé de patients tuberculeux. Le rapport de Schubert a donné lieu à la Commission de santé publique, dans laquelle Schubert a contribué à établir des mesures pour prévenir la propagation de maladies. Dans une initiative de santé publique datant de 1931, Schubert a fait construire un bain public pour les familles d’immigrants qui n’avaient pas accès à l’eau chaude ; celui-ci était situé à l’angle de la rue Bagg et du boulevard Saint-Laurent. Connu sous le nom de « Bain Schubert », cette piscine publique est toujours utilisée.

Au cours des années 1920, Schubert a été appelé à se prononcer sur la question des écoles juives. Il a été l’un des trois représentants juifs nommés par le Premier ministre Louis-Alexandre Taschereau pour siéger sur une Commission royale appelée le « Comité des neufs ». Schubert a alors voté en faveur d’un système d’écoles juives séparé.

Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.

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