La guerre de la viande cachère – Reverand Getsel Laxer – Résidence

1923 - 1925

Un événement qui s’est déroulé au moment où la communauté juive de Montréal en était encore à ses débuts, la «guerre de la viande cachère» a posé un défi considérable à un organisme récent et nommé : Va’ad Ha’ir (Conseil de la communauté juive). Au moment où les bouchers résistaient à une tendance généralisée de centralisation dans le processus de certification de la viande cachère, les rivalités s’intensifiaient entre les dirigeants séculiers et religieux, de même que les tensions au sein de la communauté. Ce conflit entraîna aussi des divisions plus marquées entre les différentes classes sociales dans la population juive, notamment autour de la question scolaire. En parallèle, l’antisémitisme ne cessait de croître dans la population en général.

Au début du XXe siècle, la majorité des Juifs montréalais étaient fidèles aux lois de la cacheroute (règles bibliques à propos de la consommation des aliments) et cette situation avait donné lieu à un marché lucratif pour les rabbins qui supervisaient l’abatage rituel. La lutte pour établir un contrôle communautaire sur ces activités économiques était surtout centrée autour du rabbin Zvi Hirsch Cohen (appuyé par les Juifs plus établis de l’uptown et par l’intelligentsia orthodoxe) et du rabbin Yudel Rosenberg (un rabbin hassidique dans un certain nombre de synagogues fréquentées par des immigrants du bas de la ville). Chacun de ces deux hommes réclamait alors le titre de grand rabbin de Montréal.

En tant que dirigeant du Va’ad Ha’ir, établi en 1922, Cohen avait cherché à mieux établir son autorité auprès d’un groupe de boucher certifiés. Par contre, d’autres bouchers étaient décidés à résister au Va’ad Ha’ir et à son contrôle des prix. L’Association des bouchers juifs de Montréal, souvent décrite dans le Keneder Adler (le journal yiddish de Montréal et l’allié du Va’ad) comme un cartel aux tendances monopolistes (butcher trust), avait plutôt cherché à obtenir un appui du rabbin Rosenberg dans la certification de leurs établissements. Lançant un défi au contrôle que le rabbin Cohen exerçait sur la shekhita (l’abatage rituel) dans la ville, Rosenberg avait créé un groupe de bouchers certifiés indépendants, placés sous sa propre autorité et sous celle d’un organisme concurrent, le Va’ad Ha’kashrut (Conseil de la cacherout). En 1923, une guerre des prix éclata ; elle renforça les divisions intra-communautaires. Au lieu de vendre la viande au prix de $0.14 la livre, le trust des bouchers avait choisi de saper le contrôle du Va’ad Ha’ir en l’offrant au prix de $0.08.

La situation s’aggrava lorsque la querelle se déplaça sur un terrain plus politique. En 1922, période où il était en bons termes avec Cohen, Rosenberg avait fait pression sur le maire Médéric Martin afin que celui-ci adopte un règlement destiné à placer l’abattage rituel des poulets directement sous la supervision des rabbins. Voté en 1923, le règlement no. 828 fut déclaré inconstitutionnel par la suite; au final, il servit les intérêts des adversaires de Rosenberg, car il leur permit de limiter le nombre d’abattoirs cachères autorisés, et sur lesquels le Va’ad Ha’ir exerça finalement son contrôle.

Le débat centré sur la mise en marché de la viande ne tarda pas à devenir une véritable «guerre», dont les principales caractéristiques furent des protestations de masse, des campagnes dans les médias, le boycott des boucher accusés de vendre de la viande treyf (non cachère), des attaques contre la réputation des rabbins, des poursuites devant la cour supérieure du Québec, voire même le sabotage des commerces, des manifestation de violence et des menaces de mort. Des leaders religieux, dont le rav Kook, le grand rabbin de Palestine alors en visite à Montréal, tentèrent d’intervenir de l’extérieur, mais ils ne réussirent qu’à calmer un peu les esprits. Le conflit se résolut en partie en 1925, lorsque le rabbin Rosenberg et ses fidèles se joignirent de leur propre gré au Va’ad Ha’ir. Depuis, cet organisme a une excellente réputation à travers le monde à propos de l’administration de la cacheroute.

Par Sarah Woolf, traduit par Chantal Ringuet.

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