De 1920 à 1940, les regroupements de jeunesse se trouvaient à l’avant-garde du mouvement sioniste montréalais. En plus de l’organisation dominante Young Judaea, les organisations de gauche Habonim et Hashomer Hatzair oeuvraient aussi à créer une conscience nationale juive parmi les Juifs Montréalais, notamment par le travail (avodah) et par la promotion de l’immigration en Israël (aliyah). Comme elles étaient liées à certains mouvements politiques de gauche, Habonim et Hashomer Hatzair possédaient une certaine popularité auprès des familles immigrantes. À l’origine un groupe culturel pour la jeunesse fondé en 1929 en Grande-Bretagne, Habonim (les bâtisseurs) est devenu plus tard un courant ouvertement sioniste et socialiste, fortement lié mouvement des kibbouts (des communautés agricoles collectives) en Israël. Habonim, qui possédait des fermes au Canada partout à travers le monde en vue de former des pionniers, s’est plus tard affilié au parti MAPAI de David Ben-Gourion (aujourd’hui le parti travailliste en Israël).
La section montréalaise de Habonim a été fondée en 1935 comme une succursale jeunesse du movement Poale-Zion (le sionisme-travailliste). Renommée Habonim Labour Zionist Youth Organization, le regroupement tenait ses réunions au 5116 avenue du Parc, ce qui lui permettait d’attirer des jeunes Juifs « downtowner », dont Mordecai Richler. Les rencontres commençaient par une conférence ou une discussion, suivie de chansons et de danses israéliennes, pour se terminer par des activités sociales et des danses. Il était aussi fréquent pour les membres d’assister à des concerts ou à des événements spéciaux, et plusieurs participants passaient du temps ensemble à écouter de la musique ou à lire de la poésie à la maison.
Le mouvement sioniste progressiste s’est vite étendu à l’ensemble du Canada et ses membres prirent bientôt part à la vie politique canadienne et à l’activisme dans les milieux ouvriers. Plusieurs participaient à des rallies et appuyaient des mouvements de boycott, ou faisaient campagne contre l’antisémitisme au Montréal ou à l’extérieur du pays. Habonim se mêla pendant une courte période de la vie politique canadienne quand, en 1949, le mouvement appuya la candidature de A. M. Klein à une élection fédérale à titre de candidat de la Fédération du Commonwealth Coopératif.
La préoccupation majeure du Habonim et son principal intérêt portait sur le sionisme. Le mouvement de jeunesse insista dans sa publication mensuelle Haboneh (le bâtisseur) sur la renaissance de l’hébreu. Par le biais de programmes éducatifs menés dans les kenim (sections locales) et dans des camps d’été (machanot kayitz), le Habonim préparait les jeunes nés en Amérique du Nord à devenir des chalutzim (des pionniers) en vue de la construction d’un foyer national juif. Il sensibilisait aussi ses membres à devenir des dirigeants dans la lutte que menaient partout les Juifs en vue de défendre leurs droits. En 1935, Habonim a ouvert le Camp Kvutza à Saint-Faustin, au Québec. Conçu sur le modèle d’un kvutza isréalien (une colonie agricole collectiviste), le camp favorisait la pratique des arts, des activités de scoutisme, des excursions de plus d’une journée et des formations au leadership. Inspirés par les principes de la justice sociale, de la coopération et du gouvernement autonome, des émissaires israéliens (shlichim) venaient y renforcer les liens entre campeurs nord-américains et leurs amis israéliens, souvent avec l’objectifs de faire la promotion de l’aliyah. Certains des membres les plus inspirés du mouvement Habonim s’entraînaient à une ferme (haschshara) tenue à Smithville en Ontario (1946-1951), tenue en coopération avec Hashomer Hatzair, puis émigraient en Israël. Une autre hachshara a été ouverte en 1947 à Saint-Julie-de-Verchères, just à l’est de Montréal.
Après la création de l’État d’Israël, en 1948, plusieurs organisations de jeunesse sioniste connurent un lent déclin au cours des années soixante et soixante-dix. Certaines d’entre elles, qui avaient été aux premiers rangs de l’activisme sioniste, s’intéressèrent plutôt à des programmes destinés aux jeunes en général. Il en alla de même au cours des années cinquante et soixante des mouvements jeunesse comme la United Synagogue Youth, la North American Federation of Temple Youth et la National Conference of Synagogue Youth, de même que pour la B’nai Brith Youth Organization. Au cours des années quatre-vingt, Habonim se joignit au mouvement Dror (une autre constituante de travaillisme-sionisme issue du monde polonais et russe), pour devenir Habonim Dror ou les Bâtisseurs de la liberté.
Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.
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- Habonim Labour Zionist Youth Organization (1951-1968)