Soupe populaire/Folkskukhe (Jewish People’s Relief Organization for Unemployed)

1931 - 1935

Lorsque les conditions de vie se sont dégradées pour la majorité des citoyens de la classe moyenne durant la crise économique, les organisations de la communauté juive ont éprouvé des difficultés à répondre aux besoins croissants de services, de nourriture et d’emplois au sein de la population. L’une des initiatives les plus originales fut la création de la Folkskukhe, ou People’s kitchen, qui eut au moins deux vocations. Plus qu’une simple soupe populaire, ces organisations à courte durée ont fourni aide et dignité aux Juifs sans emploi durant les périodes les plus difficiles.

La première incarnation de la Folkskukhe (terme qui, selon certaines sources, se prononce Volkskueche) survint durant l’état de panique de 1907, qui se prolongea durant le printemps et l’hiver 1908. Plusieurs immigrants juifs récemment arrivés au pays étaient déjà désespérément pauvres et ils avaient peu de mesures de protection durant la récession qui s’ensuivit. Louis Elstein, un anarchiste impliqué dans le mouvement syndicaliste de Montréal, dirigea une librairie située au 12, rue Ontario est. Dans un petit espace attenant à la librairie, ou peut-être dans la librairie elle-même (l’adresse civique de la Folkskukhe correspondait officiellement au 10, rue Ontario est), une soupe populaire fut mise sur pied par un groupe de jeunes hommes et de jeunes femmes radicaux. The Jewish Times, un journal publié à cette période par les Juifs nantis de l’uptown, qui avaient l’habitude de désapprouver la vision politique et séculaire des radicaux, exprima l’étonnement de certains à l’endroit du soin, du respect et de l’énergie que déployaient les dirigeants de la Folkskukhe, et du fait que la nourriture servie était cachère.

À la suite de la Grande dépression, une autre Folkskukhe allait voir le jour deux décennies plus tard. Au moment où le taux de chômage atteignit un sommet durant les années 1930, le Keneder Adler (le principal journal yiddish de Montréal) et le Canadian Jewish Chronicle ont lancé une campagne visant à réunir 5000$ afin de constituer un fonds de secours d’urgence pour les chômeurs. Malgré ces temps difficiles, la communauté juive, plus organisée qu’auparavant, a été en mesure d’aider les plus démunis. En octobre 1931, faisant face à un hiver qui s’annonçait difficile, quinze organisations de main-d’œuvre juives ont participé à mettre sur pied une soupe populaire afin de répondre aux demandes croissantes de tzedakah (charité). Des bénévoles ont alors distribué de la soupe, de la viande et du thé à des travailleurs sans emploi, servant 10 000 repas aux gens dans le besoin en 1931, puis 30 000 repas au début de l’année 1932. Situé à sur l’avenue Mont-Royal, à l’ouest du boulevard Saint-Laurent, le Jewish People’s Restaurant for the Unemployed, aussi connu sous le nom de Folkskukhe, a servi des repas peu couteux mais nourrissants aux travailleurs sans emploi, puis à leurs femmes et enfants. S’il existe peu de documents d’archives à propos de la Folkskukhe, plusieurs récits mentionnent la présence d’un homme « grand et insouciant » nommé Pinye Morantz, qui a contribué à faire fonctionner la soupe populaire.

La difficulté de rencontrer les besoins croissants de la population a amené la Federation of Jewish Philanthropies à publier dans le Canadian Jewish Chronicle des publicités visant à encourager les employeurs à engager des travailleurs juifs. En dépit des efforts déployés par les associations philanthropiques de la communauté, les gens dans le besoin ont été traités avec dignité ; ils n’ont pas simplement reçu la charité.

Par Marian Pinsky, traduit par Chantal Ringuet.

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