Yakhdav (1992-2004), qui signifie « ensemble » en hébreu, était le nom d’un groupe créé dans les années 1990 pour offrir un espace communautaire aux juifs gais, lesbiennes et bisexuels de Montréal.
Même si l’acceptation à l’égard des communautés LGBTQ+ au Canada allait de bon train au Canada au travers des dernières décennies du vingtième siècle, ils étaient toujours confrontées à une intense discrimination. Par exemple, différents lieux gais de Montréal ont fait l’objet de descentes policières et d’arrestations, notamment dans les bars et les clubs, on se rappelle de la tristement célèbre descente du Sex Garage en 1990. D’autre part, le mariage et l’union civil étaient interdits entre personne de même sexe jusqu’en 2004 au Québec. La province est devenue la troisième au Canada à accorder ces droits.
Selon Harvey Cohen, président de Yakhdav, étant donné que les Juifs LGBTQ+ se trouvent à l’intersection d’une minorité religieuse et sexuelle, ils étaient sommés de « choisir » entre leur orientation sexuelle ou leur religion. Ce faux dilemme auquel iels furent confrontés les conduit à la formation de groupes qui leur permettaient d’explorer leur réelle identité en lieu sûr. Le premier regroupement gai juif de la ville s’appelait Naches. Fondé en 1973, Naches facilitait les événements et le soutien communautaire dans les espaces juifs et gais. À la suite de la migration de nombreux jeunes Juifs vers Toronto, Naches est dissous en 1986. Il est alors remplacé, en 1988, par Yakhdav – Organisme des gais et lesbiennes juifs de Montréal.
Le 30 juillet 1992, Yakhdav est officiellement constitué. Non seulement il s’agissait d’une institution qui facilitait les rencontres entre les juifs LBGTQ+ de Montréal, Yakhdav produit aussi un bulletin mensuel appelé Hazak. Le slogan de leur lettre d’information s’inspirait de la pratique utilisée pour conclure la lecture d’un livre de la Torah : « sois fort, sois fort, et renforçons-nous les uns les autres. » Ce bulletin offrait un espace pour la couverture des événements communautaires tels que les fêtes de Hanoukka ou des soirées de jeux de société aux café Passez-Go sur St. Laurent. Les pages d’Hazak servait d’espace pour discuter des environements de travail sûrs pour les LGBTQ+, affichant des listes d’offres d’emploi ainsi que les possibilités de réseautage à Montréal, comme les associations professionnelles lesbiennes ou bisexuelles. Le bulletin a également fait la promotion du Prix arc-en-ciel, un événement célébrant les talents des lesbiennes, des bisexuels et des gays du Québec en plus d’offrir des recommandations des films d’intérêt pour leurs lecteurs, comme Oy Gay et Tomboychik.
Yakhdav a également été politiquement actif. En effet, leur bulletin d’information indique qu’ils cherchaient à atteindre « le bien-être et le renforcement de nos communautés qui se chevauchent. » Pour ce faire, ils ont travaillé aux côtés du B’nai Brith afin de faire pression sur le gouvernement provincial pour renforcer les protections contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Ils ont également lutté contre les messages homophobes dans les espaces juifs, notamment dans les journaux communautaires. En partenariat avec le YM-YWHA (le Y), ils organisent des événements tels que « Mises à jour sur le SIDA », une table ronde à laquelle participèrent des médecins de l’hôpital Royal Victoria et de la faculté de médecine de l’Université McGill. À cette époque, le Y proposait de « sensibiliser la communauté juive à la réalité des modes de vie gais et lesbiens par le biais de discussions et de conversations… [en plus] d’offrir un espace pour se rassembler à l’occasion de conférences, pour discuter des programmes d’intérêt public [et pour célébrer les] fêtes… »
En 2001, le groupe se dissout officiellement et il cesse progressivement de se réunir et s’éteint en 2004. Depuis, la communauté juive LGBTQ+ de Montréal se réunit au sein de nouveaux groupes dont Gaava et JQueer.
Compilé par Hannah Grover
Traduit par Xavier Lévesque